
ORAN
Rue Capitaine Raho
(actuellement rue Frères Benaida)
Quartier Lamur
(El Hamri de nos jours)
C’est au moment ou le Quartier Lamur perdait la majorité de sa population espagnole suivie par les européens qui, en 1956 quittèrent à leur tour, la Ville Nouvelle et ses abords immédiats
Ma toute petite tête de bambin ne pouvait être en mesure de comprendre pourquoi moi, mon frère et ma grand-mère Mahjouba HABBOUR (que Dieu aie son âme) avions du quitter Oran dans la précipitation, sans bagages ni vivres vers une destination que nous ne connaitrons que plus tard
Un long périple qui nous mènera à l’autre bout du pays…

.
Je ne désespère pas de pouvoir arriver ,un jour, à comprendre pourquoi nous fûmes déracinés et transbordés de train en train dans des wagons de marchandises bondés de zouaves et de sénégalais que la folie des hommes dits civilisés a eux aussi éloignés de leur brousse africaine.
J’y arriverai certainement
et coucherai sur le papier l'histoire d'une famille qui constituait en cette période un réel dilemme
pour ces gents biens portants, tout de kaki vêtus, qui fréquemment venaient nous voir à partir d’un bureau que l’on appelait deuxième.
D’un côté,
il y avait l'ancien marin renvoyé dans ses foyers apres avoir livré l'ultime combat libérateur contre l'ogre allemand
et qui était ,de par son statut de fonctionnaire administratif ,bien introduit , dans le cercle des occupants en possession de réelles possibilités de nuisance à l'ordre établi;
et sur lequel reposaient,à forte raison,une somme de présomptions d’être du clan tres actif de ceux que l’on appelait les « watani » ayant réussis l'infiltration du bastion ...
de l’autre ,
un "arisctocrate" de la noble lignée des Ferhat proche de la couronne d'Angleterre ,devenu le redoutable rebelle Ben chaoui officier dans l’ALN basée en Libye
Qui,de part et d’autre de la ligne Maurice ,ne pouvaient , indéfiniment et en toute quiétude, continuer a échanger cartes postales et nouvelles sur l’état de santé des troupes fraîchement débarquées de la métropole
Ce regroupement familial qui ressemblait plutôt à une déportation qu’auraient subient d’autres gens à une autre époque
nous mènera finalement à Laghouat ou nous fûmes isolés
et mis en résidence surveillée
dans la maison de ma tante KERROUM Talia ou je fis la connaissance de mon arrière grand mère KAZZOUZ Fatna et de la douceur de ses mains tremblantes sur mon visage ,elle était atteinte de cécité.
Entourés de barbelés et de croix de Saint-André,nous nous habituâmes à la visite nocturne quasi-quotidienne,de policiers en tenue ou en civil puis au bruit de bottes des paras qui sautaient de la terrasse en nous faisant subir l'eternel interrogatoire par leur « l’homme en cagoule noire « …qui semblait parfaitement nous connaître
et ...
que moi ,quelques temps plus tard à mon tour , je reconnus
lorsque, à visage découvert et allongé en travers de la ruelle ,il baignait dans une mare de sang la main tendue
vers une porte ,
la sienne,
c'était notre voisin ...
Oran , berceau de notre enfance,
Oran que,
mon frère Mustapha,
qui tirait de la jambe
après avoir été tiré comme un lapin
par les soldats dont un des projectiles au genou efleura ,
lors de tirs nourris,
aveugles,
et sans somation aucune
fauchaient les manifestants en ébilution qui hurlaient ..
hurlaient ... leurs ancêtres
que je découvris ...differents des gaullois .
Ils clamaient une autre Algerie,
la leur,
la mienne .
et moi
Collé, de l'autre côté , aux jambes de ma grand’mère Mahjouba HABBOUR
Devions quitter.
Et nous avons quitté !
Place du Sahara,
ou ammi houari, marchant ambulant nous régalait tous les matins d’un morceau de calantica bien salé et arrosé de cumin
Rue capitaine raho,
à son coin tonton tayouri et son magasin de jouets de toupies, billes et quelque fois de vrais vers à soie vivants …
Kouri el Ghazi,
et son puits d’eau douce ou nous replissions nos sceaux pour cinquante centimes ( j'en garde un souvenir : cicatrice sur le nez due à une blessure avec le tranchant de l'ustencil )
Cinéma Lux,
ou Samson et Dalila revenaient chaque fois qu’Hercule prenait congé
Place Baria,
Animée par le tintamarre causé par nos « caricos » avec leurs roulements à billes et le guidon grâce auquel nous sillonnions toutes les rues du quartier en nous hasardant plus d'une fois jusqu’à narguer les Zouaves en faction.
Ecole Marechal Lyautey
Dont nous n’aurons plus à franchir le seuil à Medioni ou chaque matin, lorsqu’au son de la cloche nous regagnions nos classes en croisant chaque matin des soldats aux traits tirés le long du couloir qui leur servait de dortoir pendant la nuit.
Et El rokho
" El kilomete ! El kilomete "
Qui n’en finissait pas d’étirer du sucre caramelisé torsadé au couleurs de l'arc en ciel halwat Zinzou ( pour la modique somme de cinq sous )
et ses bandes dessinés qu'il nous louait à la criée :
(...)
